"La vieille dame qui traverse la rue au bras d'un jeune homme barbu, c'est elle, Louise Bourgeois (1911–2010), dont l'histoire nous est d'abord brossée à grands traits par le biais de photographies tirées des archives familiales. La rencontre en chair et en os a lieu chez elle et dans son atelier, à Brooklyn, où elle entreprend une exégèse de son oeuvre dans une optique résolument psychanalytique. Rythmé par la visite de quatre sculptures ou "cellules" ("Choisy", "Hands and Glass Balls", "Arch of Hysteria", "Eves and Mirrors") avant leur départ pour la Biennale de Venise en 1993, l'entretien avec Bernard Marcadé et Jerry Gorovoy est placé sous le signe de la maison (familiale et symbolique) comme matrice de l'oeuvre. Au traumatisme de base, "fissure de la cellule familiale", car le père ramenait quantité de maîtresses, s'ajoute sa moquerie quant à l'absence de phallus de la petite fille. La passion pour la géométrie aux lois immuables, l'emboîtement des pièces, devient alors recherche de perfection et ironie : démolir des formes est posé en équation avec la destruction du père. L'oeuvre, riche en retournements, émerge du discours par l'humour et la vigueur des "show–off" de mamelles ou divers phallus érigés et animalisés."
Fig.1 Paru en 1993 chez CNC [Centre national de la cinématographie], [Paris] dans la collection Images de la culture / Mémoire | Camille Guichard.